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Promenade découverte avec Ariane Wilson

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J'ai marché de porte en porte aux Portes du Luxembourg

Programme de balades partagées à l'issue de la Résidence d'artiste itinérante d'Ariane Wilson (mai-juillet 2018)

La première fois que j'ai déployé les deux cartes IGN qui couvrent le territoire des Portes du Luxembourg, c'était sur la table de la terrasse de Luc et Pascale, à Escombres. J'ai pris un crayon orange gras et j'y ai tracé le contour de la Communauté de communes. J'ai vu prendre forme devant moi ses 412,64 km2 et je ne savais pas par où commencer ! Luc a eu le bon réflexe de m'emmener à deux points culminants de ses terres depuis lesquels s'étendent des vues panoramiques, pour m'indiquer quelques repères.

C'est ainsi qu'a débuté ma Résidence d'artiste aux Portes du Luxembourg. "Résidence", c'est le nom conventionnel de ce temps offert d'immersion dans un lieu, pour expérimenter ou créer quelque chose. Mais celle-ci, il serait plus exact de l'appeler "Résidence itinérante". Car depuis mi-mai, à l'invitation de la Communauté de Communes, je me suis autant plongée dans votre territoire en l'habitant, chez l'habitant, que je l'ai arpenté par de larges traversées à pied. Et pourquoi "d'artiste", si je n'ai fait que marcher ? Parce que, d'une part, deux conférences et quatorze mini-concerts avec le duo Violoncycle ont ponctué ce séjour pour faire écho à ma manie d'allier le voyage, à pied ou à vélo, avec l'écriture, la musique, l'installation d'objets personnels dans le paysage. Parce que, d'autre part, il y a un art, des arts, de la marche.

La marche exploratrice telle que je la pratique est une manière de mettre le corps à l'épreuve de l'environnement et l'environnement à l'épreuve du corps. Elle mesure, elle ressent, elle est à l'affût du moindre détail ; elle révèle, elle ne va pas toujours là où il est conçu que l'on aille, elle désobéit ; elle s'amuse ; elle relie, elle s'adonne à des assocations, elle fabrique des histoires en tissant des liens pas à pas ; elle est libre ! Un penseur dont j'aime la pensée a écrit : "les jeux des pas sont façonnage d'espace". La marche que je pratique, comme aussi d'autres artistes-promeneurs, n'est ni fonctionnelle, ni de l'ordre de la randonnée. Je l'exerce habituellement dans des contrées lointaines et dans des villes et des zones périurbaines. C'est la première fois que je sillonne dans son esprit un territoire essentiellement rural.

Durant ces promenades solitaires aux Porte du Luxembourg, j'ai eu pour compagnon cette carte IGN au 1/25 000ème (et surtout pas un GPS - vous me demanderez pourquoi à l'occasion !) : une carte si détaillée qu'on y reconnaît chaque arbre, chaque pente et chaque hangar agricole, mais qui ne peut pas rendre compte des odeurs, de la chaleur, des couleurs. Je me suis assez vite donné pour objectif d'effectuer Dix Promenades d'environ 30 kilomètres. À chacune j'ai attribué un vague objectif, parfois sur un coup de tête au réveil, parfois avec plus de méditation, parfois dans le feu de la marche. Longer la série de bassins d'eau et de bâtiments industriels dont l'alignement nord-sud m'intriguait sur la carte IGN. Entrer et sortir au moins trois fois de la Belgique, mon pays natal. Aller voir la première chose qui m'a frappée sur la carte : la série de cercles concentriques qui m'évoquait la forme conique du Mont Fuji mais s'appellait Mont Tilleul, puis atteindre coûte que coûte le confluent de la Chiers et de la Meuse. Rejoindre la grande famille des marcheurs de la région en me laissant guider par les balises de l'association Rando yvoisienne. Rester au plus près d'une ligne à haute tension. Partir sans objectif mais être vite tentée d'aller voir le bourg le plus méridional des Portes du Luxembourg et sentir à nouveau un tropisme pour ses frontières. Partir sur les traces d'une mission scientifique historique, me rendre compte sur le chemin que les villages concernés font partie de la paroisse de Saint Walfroy, rejoindre donc l'ermitage. Aller voir toutes les églises dont le clocher est visible depuis le mont Saint Walfroy, de Signy à Carignan. Frôler la vallée de la Bar pour avoir enfin traversé à pied 46 des 50 communes des Portes du Luxembourg (sans avoir manqué de traverser les 4 dernières à vélo lors de Violoncycle !)

Pendant des dérives de cette ampleur, l'attention est à la fois flottante et aux aguêts. On survole les choses dans le mouvement et parfois l'une d'elle vous happe, une curiosité, une anomalie, une récurrence que j'aime à appeler objet-énigme et que parfois je traque et investigue. Je veille à ne rien savoir avant ces repérages. Mais je pose sans cesse des questions au paysage et glane tout le riche savoir que me livrent les personnes croisées sur le chemin. Dans un second temps, je pars plus activement à la recherche de réponses et croise mes observations avec des documents d'archives.

Ainsi, le terra incognita des Portes du Luxembourg m'est peu à peu devenue familière. La vaste étendue de la carte s'est remplie des striages de mes cheminements. Contemplant les très beaux panoramas depuis les points hauts, je commençais à identifier de plus en plus de villages avec la joie des retrouvailles. Certains éléments saillants sont devenus des jalons que j'ai vus sous tous leurs angles : les trois éoliennes de Vaux-lès-Mouzon, le Mont Tilleul, la Butte de Stonne, les fumées (outre-frontière) d'Unilin. J'ai retrouvé des motifs récurrents qui chaque fois prenaient une forme particulière : les triades que forment le banc, l'arbre majesteux, le calvaire (le banc parfois en béton, parfois en bois, parfois en métal, l'arbre parfois tilleul, parfois marronier, parfois chêne, le calvaire parfois enfoui, parfois clinquant, toujours souffrant), les pancartes rouges et encore rutilantes des points de prise d'eau des pompiers, les grandes chaises de géants que sont les miradors dans les bois, les linteaux en béton de la reconstruction, des monuments à toutes sortes de causes de mort, parfois officiels, parfois bricolés et personnels, des vaches amicales cherchant conversation, la silhouette de sangliers, en nain de jardin comme en emblême... J'ai appris que Gaec n'était pas un nom de famille aux consonnances bretonnes très courant dans la région mais un groupement agricole. J'ai découvert où, sans doute, était produite la boucle de ma ceinture. J'ai vu des tracteurs pondre des meules. J'ai admiré de très beaux villages, y compris d'après-guerre, pas encore massacrés par l'extension urbaine, mais ai été heurtée par quelques annonces de celle-ci par des maisons insensibles au milieu. J'ai rencontré des personnes aux parcours de vie fascinants, aux savoirs-faire rares.

Les seuils, limites et confluences ont été l'une de mes obsessions. Les confluences parce qu'à chacun de mes voyages j'en récolte les eaux dans de petites bouteilles lorsqu'il s'agit de cours d'eau, mais aussi parce que j'aime les points triples, qui peuvent ne pas être aquatiques. Les limites et seuils parce que j'aime l'ambivalence des régions frontalières. Dès lors que m'était donné à explorer le territoire des Portes du Luxembourg, je l'ai ceint mentalement d'une frontière. Et comme le nouveau nom de la Communauté de Communes signifie l'entrée et la sortie d'une région, que je découvrais ce qu'est le rôle administratif de l'intercommunalité, et que la région se souvient encore des destructions liées aux affronts des nations, le seuil et la frontière sont devenus un thème avec lequel je me suis beaucoup amusée. Equipée de ma carte IGN, j'ai cherché, prise d'un certain sens de l'absurde et du frisson de l'interdit, à poser le pied sur la ligne exacte de limites nationales, départementales, cantonales, d'intercommunalités et de communes. Alors qu'à un centimètre au delà et en deça de ces lignes les impôts, la gestion des déchêts, les tendances électorales, les projets politiques, diffèrent, elles sont le plus souvent invisibles et correspondent rarement à une frontière naturelle. Tout juste peut-on en imaginer le trait en prolongeant la clôture d'un champ vers un bosquet de l'autre côté de la route. Ou parfois, l'herbe des bas-côté est tondue d'un côté et pas de l'autre ou les fossés entretenus autrement. Et parfois, j'ai trouvé des matérialisations plus franches : des pancartes, des marquages au sol routier continus devenant pointillés, des poteaux électriques autres, des bornes cachées dans les talus... Ainsi ai-je franchi de nombreuses portes du Luxembourg sans en dépasser le seuil, pour revenir aussitôt dans mon nouveau pays de résidence !

***

À l'issue de ma résidence itinérante, les 7, 8 et 9 juillet, je vous propose une série de cinq promenades longues et courtes. Elles ne pourront en rien restituer le nombre et la richesse de mes découvertes sur plus de 300 km foulés, mais elles en proposeront un échantillon. Elles reflèteront aussi différentes pratiques de l'art de la marche : le transect, la marche à thème, la libre association, la micro-observation à la recherches d'anomalies, la marche écoutante. Surtout, elles sont conçues comme des moments de rencontre et d'échanges. Je vous ouvrirai peut-être un regard de nouvelle exploratrice, mais je compte sur vos connaissances pour compléter le récit de ces itinéraires !

Après certaines promenades, ceux qui en auront le courage pourront prolonger de quelques kilomètres pour faire du pied aux limites du territoire.

J'adresse tous mes remerciements pour ce séjour ensoleillé, aéré et stimulant à la Communauté de Communes des Portes du Luxembourg et tout particulièrement à Leïla Baert pour son accompagnement fidèle, patient et efficace, à Estelle Drion, Pauline Gaudin et Daniel Gillet. Pour leur acceuil chaleureux et leur amitié la famille Boyer-Baert, la famille Serafini, Pierre Havrenne, la famille Dion, la famille Camus, Jean-Luc Guien et l'ermitage de Saint Walfroy.

Ariane Wilson

le samedi 7 juillet :

Le dimanche 8 Juillet

Le lundi 9 juillet:

Inscriptions et renseignements au 03 24 27 90 98 ou sur contact@portesduluxembourg.fr

Ouverture du Lac de Douzy !

Ouverture du Lac de Douzy